Dérive autoritaire ?

Nous sommes à mi-juillet 2021, le gouvernement du moment fait de nouvelles annonces de politique (« sanitaire ») sécuritaire.

Je ne m’arrête pas sur la situation réelle ni sur la relation que les nouvelles mesures disent entretenir avec l’annonce de Jupiter.

Comme bien d’autres, je constate diverses tendances très menaçantes au sein du pouvoir politique et économique, aux niveaux national, européen et mondial.

Je vois d’abord la crispation autour du pouvoir de ceux qui prétendent en disposer à leur guise, accompagnée de lubies de solutionnisme juridique et de solutionnisme technologique, avec une forte tendance à tout sacrifier pour les lobbies (copains) nationaux et transnationaux.

(Sans m’attarder sur les visions du monde prétendant conditionner la société comme une ruche bien ordonnée, les histoires de domination légitime du plus fort, la cupidité et la soif de pouvoir dites « libéralisme économique », et autres démarches anti-humanistes, parfois au nom d’une religion, affichée ou non.)

Ils croient gagner contre les peuples en multipliant les lois et institutions qui nous grignotent notre pouvoir. Ils croient gérer toutes les situations avec de gros fichiers, des sites web et de l’in-intelligence artificielle. Quand les peuples tentent de manifester la moindre opposition en réclamant leurs droits démocratiques, ils envoient les forces armées (police et gendarmerie, voire RAID et compagnie, dans certains pays les balles réelles devancent les flash-balles).
Il faut avoir déjà participé à une manif LÉGALE ET NON-VIOLENTE POUR LA DÉMOCRATIE pour se rendre compte de la violence, cynique, de la réponse répressive (ici, traité de Lisbonne, indignés, Tien an men, nuits debout, Palestine, gilets jaunes…), y compris médiatique (mensongère).

Mais finalement, ce qui nous sauve, c’est la lente prise de conscience des populations, y compris militaires dans certains pays, et la bêtise pleine de contradictions des dominants (tel Sarko qui prétendait « nettoyer les banlieues au Kärcher », mais diminuait les moyens de ses services de répression).

Les dernières régionales semblent indiquer que la menace « c’est nous ou l’extrême droite » fonctionne moins bien. Peut-être parce qu’on a chaque fois plus de mal à distinguer le « nous » de « l’extrême droite »…

À cela s’ajoute le paradoxe du contrôle : plus tu veux contrôler, plus il te faut de contrôleurs, mais plus tu as de contrôleurs, moins tu contrôles. Cela s’applique également avec les systèmes de contrôle informatiques, dont les règles basiques produisent des tonnes d’exceptions ingérables à l’échelle d’une population.

Malgré tout, pour le moment, l’arsenal juridique et technologique se resserre autour des simples citoyens, et les plus démunis sont chaque fois plus harcelés, désespérés voire même affamés ou poussés au suicide, y compris dans l’entreprise.

Les frontières n’existent que pour (en fait contre) les pauvres, les classes supérieures les franchissent très bien, et sont chez elles partout.

Je n’ai que peu illustré mon message pour faire court, mais il y a largement de quoi argumenter chaque phrase et bien plus à dire (OTAN, OCDE, FMI, G7, marchands d’armes…).

Pour ce qui est des réponses à ce cheminement de nos sociétés, je crois qu’il nous faut continuer de dire comment nous voyons un avenir humaniste et proposer (et intégrer) des activités dans cette direction. Il me semble qu’à moyen terme de petites activités bien orientées seront plus utiles qu’une grosse activité de dénonciation. Simple avis personnel. Ces questions sont très bien traitées dans les « Lettres à mes amis » de Silo (ICI, Silo.net).

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Une candidature en licence de psychologie à l’IED Paris 8 en juillet 2021

Le 5 juillet 2021, ouverture des candidatures dématérialisées à 10h00 pour la licence de psychologie

10h
Pas de connexion possible.
J’étais prévenu. Il faut s’armer de patience et de courage, ça peut prendre la journée.
Pour m’accompagner, j’ai choisi « Le livre noir de la psychanalyse » (2005, 800 pages). Autant s’armer d’avance, au cas où on essayerait de nous refiler de la camelote.
Je passe mon temps à cliquer sur « Actualiser la page ». Et en attendant le résultat, je lis quelques lignes. Le temps que mon navigateur me signale l’échec de la tentative.
Je clique, je lis un peu, je clique, je lis un peu…
Éternelle page blanche de l’échec de connexion. Mon navigateur est formel :
« Impossible de se connecter au serveur à l’adresse appscol2.univ-paris8.fr. »
Le serveur est peut-être saturé (oui, je pense), vérifiez l’adresse, votre connexion au réseau, et votre pare-feu.
La France et l’Argentine sont les deux derniers pays au monde à donner une large place à la psychanalyse.
Les auteurs semblent pointer vers un parallèle entre la prévalence de la psychanalyse dans les thérapies et la consommation nationale d’anxiolytiques avec, aux extrêmes la France (beaucoup) et les Pays-bas (très peu). Page 8

10h15
« Comme un symbole, les héritiers de Jacques Lacan ont ainsi obtenu, en février 2005, de Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, qu’il récuse et fasse disparaître du site Internet de son ministère un rapport de l’INSERM. Cet organisme public avait mené une évaluation des différentes thérapies, réalisée à la demande des associations de patients, dont les conclusions étaient défavorables à la psychanalyse. » p. 9
Comme d’autres études déjà faites dans d’autres pays.
Je clique, je lis un peu, je clique, je lis un peu…

10h30
Au programme :
« Mythes et légendes de la psychanalyse », p. 20
« Les fausses guérisons », p. 66
« La fabrication des données psychanalytiques », p. 90
Je clique, je lis un peu…

11h
Je m’interroge sur le « appscol2 » dans l’adresse du site, serait-ce le nom d’une application clef-en-main fournie à la fac par un prestataire ?
Non, inconnu du soldat Google, hormis dans cette adresse-ci.
Ah oui, les pages d’inscription nous parlaient de la plateforme « eCandidat ».
Ça, les moteurs de recherche connaissent. Apparemment, elle est utilisée dans de nombreuses facs sur des IP de RENATER. Ça semble plutôt géré en interne.
Je clique, je lis un peu, je clique, je lis un peu…
La plateforme eCandidat est développée en logiciels libres par le consortium esup (pour enseignement supérieur), devenu asso 1901, qui fournit des services dans les nuages dans un esprit d’entraide entre les facs.
Dans les cas qu’on a pu vérifier (trouver les vrais noms de ses patients et les questionner, et/ou leur entourage), Freud n’a presque jamais guéri ses clients, malgré tout ce qu’il racontait dans ses « études de cas ». Il déclarait parfaitement guéris des gens qu’il avait surtout rendu accros à la cocaïne.

11h32
« Psychopathologie de la vie quotidienne » commence par des anecdotes inventées pour illustrer la théorie des lapsus et autres oublis perturbés par des processus inconscients :
on peut retrouver que les deux premiers exemples (chapitres) donnés sont, selon toute vraisemblance, des inventions et non des faits réels. Compte tenu des opportunités dans lesquelles les termes cités apparurent sur le chemin de l’auteur, il est extrêmement peu probable qu’ils aient été impliqués également dans ces « oubli » et « lapsus ». On dirait l’histoire inventée dans le film « Usual suspects ».
Gare à qui ferait ça dans son travail universitaire aujourd’hui, fût-il en virtuel !

12h
Toujours pas reçu une ligne de HTML, pas la moindre miette de page web en vue.
Ce doit être un test de psychologie appliquée : ne méritent leur inscription que ceux qui prouvent qu’ils ont vraiment persévéré à la tenter.
Page blanche du navigateur, je lis un peu, page blanche, je lis un peu…
Freud publiait ses thèses en prétendant s’appuyer sur les témoignages de ses patients, mais dans ses notes d’analyse, on retrouve qu’ils n’avaient pas du tout dit ce qu’il leur prêtait, parfois juste le contraire.

12h06
« J’aurais vraiment aimé que tu assistes à ma conférence aujourd’hui, Marty… Voilà que je m’inquiète parce qu’il me faut tenir bon, trouver du nouveau pour surprendre les gens et m’attirer la reconnaissance non seulement des fidèles mais aussi du grand public, du public qui rapporte. »
Extrait d’une lettre de Sigmund Freud à sa fiancée Martha Bernays, 14 février 1884.
C’est dans le chapitre « Freud, lucre et abus de faiblesse », p. 127
Puis, dans une lettre à son ami Fliess du 21 septembre 1899 :
« Une patiente avec qui j’ai été en pourparlers, un poisson rouge [ein Goldfisch : un poisson d’or], vient de se présenter à mon cabinet – je ne sais si c’est pour me dire si elle refuse ou accepte [de suivre le traitement]. Mon état d’esprit dépend très fortement de ce que je gagne. Pour moi, l’argent est comme un gaz hilarant. », p. 128
Page blanche du navigateur, je clique…

13h17
Enfin une page s’affiche, avec le formulaire de connexion.
Je valide le formulaire et puis… rien.
D’abord, un joli liseré rouge s’anime en haut de l’écran, donnant l’illusion d’une communication avec le serveur, comme si la prochaine page était en train de se télécharger. Mais, arrivé à 90% de la largeur, le filet se fige et commence à clignoter. La page a mis dix secondes à constater que le serveur ne répondait pas.
Après encore environ 35 secondes « Connexion perdue, tentative de reconnexion… » s’affiche en haut à droite de la page. (J’ai appris par la suite les durées en jouant avec le chronomètre de mon téléphone.)
Et puis, après encore trois minutes et demie « Connexion perdue. » remplace le message précédent.
Une fois la connexion perdue, inutile de cliquer où que ce soit dans la page, plus rien ne réagit.
« Accueil », « Connexion », rien ne bouge. Il faudra découvrir que le message « Connexion perdue. » est cliquable… Sinon, c’est au niveau du navigateur qu’il faut demander d’« actualiser la page ».
C’était un mirage, plus rien ne vient.
Le 21 septembre 1897, se confiant à Fliess, il reconnaissait :
« L’espoir d’une célébrité éternelle était si beau, et avec lui, celui d’une certaine opulence, d’une indépendance complète, d’une possibilité de voyager, de sortir mes enfants des soucis [pécuniaires] qui ont empoisonné ma jeunesse. Tout cela dépendait du succès ou de l’échec de ma théorie de l’hystérie. Maintenant, je peux me taire et me faire modeste à nouveau, et continuer à m’inquiéter et à épargner… » p. 132
Visiblement, il ne s’est pas tu, le bougre. Pas autant que le serveur de l’IED ce matin.

13h30
Toujours aucune connexion possible.
Sûrement un truc de freudiens : il faut tuer le père pour entrer. Bon, là, c’est vrai, on peut commencer à avoir des envies de meurtre.
Pour éviter ces méchantes pensées, je me mets à rêver : pour faire marcher le truc, il fallait un serveur dédié correctement dimensionné, avec bande passante, etc. Pour une opération comme celle-ci, une location ad hoc pour un mois ou deux ne dépasserait pas quelques centaines d’euros. Si on avait demandé à tous les candidats dans mon genre juste un euro par personne au titre de frais de dossiers numériques, on avait facilement 10 ou 20 fois la somme nécessaire. Et probablement pas beaucoup plus de boulot pour les équipes informatiques. (Installer le service eCandidat sur un serveur distant après l’avoir configuré a minima.)
C’est quand-même dingue, pour un cursus en distanciel, pour lequel on paie tous les frais de scolarité comme si on passait notre temps sur le campus, pour un cursus, donc, essentiellement numérique, d’avoir comme message de bienvenue aux nouveaux potentiels futurs étudiants « le serveur ne répond pas ». Ça promet, en fait.

14h28
Enfin la page d’accueil s’affiche à nouveau.
Nouveau mirage.
Page blanche du navigateur, je lis un peu, page blanche, je lis un peu…
J’ai déjà lu 100 pages du Livre noir.
Page blanche, livre noir, page blanche, livre noir…

15h36
Nouvelle page d’accueil, sans suite.
La dernière version de eCandidat, la version 2, date de 2016. Le consortium prévoit des facturations pour ses services en fonction du nombre d’utilisateurs. La tranche la plus haute concerne les cas dépassant les 50.000 utilisateurs. J’ai du mal à croire qu’on soit nombreux à ce point-là aujourd’hui, quand-même.
Page blanche du navigateur, je lis un peu, page blanche, je lis un peu…
Tiens, et si je mangeais une boite de lentilles chauffées en urgence ? Avec un reste de pâtes, ça ira bien.

16h12
« Le Journal d’une jeune adolescente » du Dr Hug-Hellmuth, ou comment présenter tout ce à quoi l’on croit sous la forme d’un soit-disant témoignage qu’on tente de faire passer pour vrai et spontané. La fiction remplace la réalité pour démontrer que la psychanalyse dit vrai (à 100 %, bien sûr)… Retiré en 1927 pour cause de possible supercherie, et ressorti 60 ans plus tard et jusqu’à aujourd’hui, comme si de rien n’était, en Allemagne. En Angleterre, il resta disponible jusque dans les années 70. En France, le « Journal d’une petite fille », publié dès 1928, puis en 75 et 88, signale les gros doutes qui existent sur l’authenticité du document, mais les minimise, puisque finalement, si c’est un faux, c’est que c’est le Docteur HH, donc un femme qui l’a écrit, ça ne change rien. Juste qu’elle était formée à la psychanalyse entre-temps et en avait une interprétation rigide et assez perverse, si l’on en croit Marie Lenormand https://www.cairn.info/revue-recherches-en-psychanalyse-2012-1-page-73.htm

17h15
Nouvelle page d’accueil, toujours sans suite.
La plateforme s’appuie sur GNU, ça va sans dire, avec Apache, MySQL et… Java. J’avais rêvé de PHP, mais ce n’est pas assez universitaire, trop brouillon sans doute. Java, avec sa syntaxe proche du C et sa promesse originelle de devenir une sorte de nouveau C, fonctionnant à nouveau sur toutes les machines sans se limiter à un type unique, j’aurais dû m’en douter. Et puis, avec du LDAP. Quand on gère de gros annuaires, il faut bien ça. Bon, donc là, je vois pourquoi ils n’étaient pas pressés de prendre un serveur ponctuellement : connecter un serveur externe aux services hébergés par les collègues de esup qui, donc, ont seuls les compétences, ça commence à faire du boulot.
Page blanche, livre noir…

18h45
Toujours aucune connexion possible.
Quand Lacan parle, c’est l’inconscient qui s’exprime, et c’est pour ça qu’on ne comprend rien ; d’après ceux qui essaient encore de comprendre l’incompréhensible inconscient que parle Lacan. C’était probablement l’unique prof de fac qui donnait des cours magistraux en laissant l’Inconscient donner les cours à la place de son moi normal. Mais comment c’est-y qu’on fait c’truc-là ?
D’un autre côté, il disait aussi des choses qu’on comprend bien (Bruxelles le 26 février 1977) :
« Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c’est quand même ce qu’on appelle d’habitude du chiqué. […] Du point de vue éthique, c’est intenable, notre profession ; c’est bien d’ailleurs pour ça que j’en suis malade, parce que j’ai un surmoi comme tout le monde.
[…] Il s’agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu’il a raté son coup. C’est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s’en foutra de la psychanalyse » p. 89
Ben n’en déplaise à Nietzsche, si Dieu est mort, ici, on le prie encore.

18h56
Tiens ! Un nouveau message « Votre session a expiré. » Ben, j’avions pas vu qu’elle avoit commencé…
« Prenez note de toutes les données non enregistrées, et cliquez ici pour recharger la page. » OK, c’est gentil, mais on n’est toujours que sur la page d’accueil, donc là ça va.
Sinon, faites comme le bon docteur F., tentez des interprétations, proposez-les à vos patients, et mêmes s’ils disent que non, vous publiez leurs cas en disant que l’idée vient d’eux. Ce n’est qu’après votre mort qu’on lira vos notes d’entretien et qu’on pourra pister les mensonges, l’anonymat des patients ralentira les recherches. Dans certains pays, ça peut prendre un siècle…

19h07
« Interruption de service
« En raison d’une opération de maintenance, l’application est momentanément indisponible
« Merci de réessayer ultérieurement »
Je pense qu’ils se sont rendu compte que personne n’avait pu utiliser leur plateforme, visiblement très sous-dimensionnée.
Redémarrage du machin en cours ?
Je me demande s’il y a vraiment quelqu’un qui va intervenir à cette heure pour faire autre chose que démotiver les candidat-étudiants.

19h10
La même page s’affiche désormais avec un logo.
Et même, instantanément. Nombreux sont ceux qui abandonnent là, on dirait, au moins temporairement.

19h15
Le redémarrage ne doit pas être complet, le système prétend que je n’ai pas saisi mon mot de passe correctement. (Alors que c’est mon navigateur qui s’en charge. Il est plus fiable que moi pour ce genre de choses.)

19h16
« Connexion perdue. »
On est encore nombreux.

19h18
Miracle, une nouvelle page, je suis connecté.
Je demande la page des candidatures. Elle s’affiche.
Je clique sur Nouvelle candidature.
Une unique catégorie « Candidature IED » s’affiche.
Je clique dessus pour voir la liste.
Clignotement fatidique en haut de l’écran.
Le suspens est à son comble. Ça passe.
Je demande les licences.
Nouveau clignotement. Les hormones s’agitent.
Je clique sur « L1 Psychologie IED »
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »

19h26
Il faut reprendre à zéro. Le message « Connexion perdue. » n’est pas cliquable.
Paris 8 ne répond plus.

19h34
Une page s’affiche, celle qui montre la liste (compactée) des formations auxquelles je peux éventuellement me porter candidat.
Je clique sur « Candidature IED ».
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »
Cette fois, « Connexion perdue. » est cliquable… mais aboutit à une page blanche.

19h41
Je clique sur « Candidature IED ».
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »
Je clique sur « L1 Psychologie IED »
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »

19h50
Il faut reprendre à zéro. Paris 8 ne répond plus.
J’aurai peut-être plus de chances après le prochain redémarrage.
Je pensais qu’il fallait prononcer Freud à peu près « froilled », mais finalement, on pourrait aussi bien juste dire fraude, ça commence à devenir synonyme dans mon esprit.
A-t-il jamais appris quoi que ce soit de ses consultations ? Je n’en ai pas l’impression. Et tous ses bouquins qui commencent par « La psychanalyse nous a appris que… »

20h08
Je clique sur « Candidature IED ».
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »

20h12
Je clique sur « L1 Psychologie IED ».

20h16
Je viens de réaliser que la page sur laquelle je clique est bien, comme attendu, la page « offre de formation ». Mais cette fois, j’apparais comme étant « non connecté », je ne suis plus identifié dans le système.
Je crois que j’ai affaire à des lacaniens.
Je clique sur « Connexion ». L’écran est comme figé.
Je tente, je clique, je tente…
« Pierre Rey, au terme de dix années de séances quotidiennes d’analyse chez Lacan, écrit que ses phobies sociales – le « symptôme » pour lequel il avait entamé la cure – n’ont pas disparu. » p. 200
La cure psychanalytique, c’est un truc de millionnaire, non ?

20h40
Je continue de tenter les « connexions », c’est-à-dire, de m’identifier.
Je sens que j’ai l’attention un peu flottante :
La règle de l’attention flottante, qui commande la manière dont le psychanalyste écoute, « permet d’économiser un effort d’attention qu’on ne saurait maintenir chaque jour pendant des heures ». p. 208
Bref, pourquoi écouter vraiment si Le Fondateur a dit qu’on peut (doit) s’en passer ?
Serait-ce aussi valable pour les étudiants en licence de psychologie ? Je recommande pas.

20h47
Je suis toujours au point zéro.
Un peu comme Lacan, qui déclarait :
« Qu’est-ce que la clinique psychanalytique ? Ce n’est pas compliqué. Elle a une base – c’est ce qu’on dit dans une psychanalyse. En principe, on se propose de dire n’importe quoi, mais pas de n’importe où – de ce que j’appellerai pour ce soir le dire-vent analytique… On peut aussi se vanter, se vanter de la liberté d’association, ainsi nommée… Évidemment, je ne suis pas chaud-chaud pour dire que quand on fait de la psychanalyse, on sait où on va. La psychanalyse, comme toutes les autres activités humaines, participe incontestablement de l’abus. On fait comme si on savait quelque chose. » p. 209

21h
Je ne suis toujours pas reconnecté. Régulièrement, le système me dit que mon mot de passe est mauvais.
La déconnexion, psychologique, me guette.
Bon, je déconnecte de l’ordinateur, je vais manger.

22h23
Toujours au point zéro.
« On sait que Lacan, à mesure que sa réputation grandissait, a fait des séances de plus en plus courtes. Dans les dernières années de sa vie, les séances avaient l’apparence d’un simple compostage. » p. 212

22h45
Je finis par réaliser que même la page d’accueil du système eCandidat se considère comme connectée : si je la laisse affichée trop longtemps sans saisir mon mot de passe, elle finit par me dire que la session est perdue.
Je dois retrouver ma concentration sur ma tentative d’inscription.
« Le mot « inconscient » est utilisé depuis plus de deux cent cinquante ans, mais l’affirmation de l’existence de processus non conscients se trouve déjà chez des philosophes et des mystiques de l’Antiquité. » p. 217
OK, mais les processus du serveur de la fac sont-ils conscients ou non conscients ?

22h53
Le système me refuse mon mot de passe de plus en plus souvent. Si le système d’authentification tombe pour de bon, on est mal.
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »
« Freud ne s’est jamais fait psychanalyser. Il aurait pu demander ce service à un de ses collègues. À ma connaissance, il ne l’a jamais envisagé. [C’est Jacques Van Rillaer qui écrit.] En fait, l’utilité d’une [psychanalyse] didactique pour exercer la psychanalyse n’est pas du tout évidente. Cette idée a été énoncée pour la première fois seulement en 1912, par Jung, suite à ses observations de réactions névrotiques de… Freud » p. 210

23h23
C’est devenu systématique, les rares fois où le serveur arrive à me répondre quand j’essaie de m’authentifier, il me dit que mon mot de passe est incorrect. Non, c’est toi qui dérailles. Je crains le pire, si on ne passe pas cette étape, aucun espoir de candidater avant le redémarrage du service adéquat, demain matin.
Et toujours, le petit liseré qui s’étire et se met à clignoter.
Et comme le dit Lacan en 1964, « la psychanalyse présentement n’a rien de plus sûr à faire valoir à son actif que la production de psychanalystes ». p. 211

00h00
On est le 6 juillet, le petit liseré continue son cinéma. Cela fait 14h que j’attends devant mon écran la possibilité de déposer ma candidature. Tout à l’heure, nous serons à nouveau des milliers à tenter l’aventure. Et visiblement, nous sommes encore nombreux à nous accrocher à cette tentative.
« Connexion perdue, tentative de reconnexion… »
« Votre mot de passe est incorrect. », me ment le système qui ne sait pas ce qu’il dit. Je pense que le serveur LDAP est vraiment tombé, ou est devenu inaccessible.
« Un facteur historique essentiel de la conceptualisation d’une opposition entre le conscient et l’inconscient est sans doute le développement de la conscience de soi, qui s’est opéré depuis la Renaissance. Vers 1600, les Européens sont devenus de plus en plus conscients d’eux-mêmes en tant que personnes. Ils ont toutefois du reconnaître que le moi, qui s’affirme, qui s’observe et s’analyse, n’est pas souverain : le moi n’est pas autonome. La prise de conscience du moi va de pair avec la reconnaissance de processus mentaux qui le dépassent : des « passions » – qui parfois le dominent –, des souvenirs et des pensées – qui L’orientent à son insu. » p. 218

00h24
Identifiants, je clique, liseré rouge, « Votre mot de passe est incorrect. »
En boucle.
Bon, je pense que c’est cuit pour la nuit. Personne ne va venir rétablir le service d’authentification.
Je commence à relire ce témoignage. Je rajoute ou complète des citations.
Je clique, je relis un peu, je clique, je relis un peu…
« Votre mot de passe est incorrect. »
« On retrouve dans le complexe d’Œdipe l’origine de la religion, de la morale, de la société et de l’art, et cela en pleine conformité avec la thèse psychanalytique selon laquelle ce complexe forme le noyau de toutes les névroses. » Mais oui bien sûr, et c’est la petite marmotte…

01h19
Enfin seul face à la plateforme : le site est enfin réactif. Malheureusement, pour me dire à l’infini que mon mot de passe est incorrect.
Je tente le tout pour le tout, maintenant que le système est réactif. Je clique sur le bouton fatidique « J’ai oublié mes identifiants ». Je crains le pire. Si le système d’authentification est hors service, je ne sais si mon compte ne va pas se trouver bloqué d’une façon ou d’une autre. Je donne mon courriel. Un message apparaît et disparaît aussitôt en une fraction de seconde.
Je vais voir ma boîte de réception. Un message semble me redonner le mot de passe que j’avais déjà. Ah non, le navigateur le reconnaît comme nouveau, lui.
Miracle, je suis enfin face à l’espace d’enregistrement de ma candidature. J’ose à peine y croire. C’est parti !
Comme j’avais déjà rempli pas mal d’infos, je suppose que ça va aller vite. Mais non. Mes images sont trop lourdes (ne pas dépasser 5Mo), certaines sont en png et non en jpg, je n’avais pas vérifié. Je dois donner en une seule pièce « mes diplômes » d’études supérieures. Je fais en urgence un PDF avec les deux images.
Bon, j’avais déjà tout rempli dans l’interface, expérience professionnelle par expérience professionnelle, mais il leur faut quand-même mon CV à moi, conçu de mes petites mains persos.
Tiens, mon enfant a fait caca dans sa couche dans la nuit, c’est à moi de changer la chose. C’est parti pour un petit intermède. Au point où on en est…
Et bien sûr, je décide de rafraîchir mon CV là maintenant tout de suite parce que l’heure est grave : « Une fois que vous aurez cliqué sur Soumettre ma candidature, vous ne pourrez plus rien modifier », me menace le système. Dernières retouches, conversion en PDF. Bref. Je finis par remplir toutes les lignes de pièces à transmettre. Des boutons me permettent de jurer sur l’honneur que je n’ai pas demandé qu’équivalence ni de financement en Formation continue.

02h06
Fin de la transmission de ma candidature. Ouf.
Une question demeure : si le système m’a permis de me connecter avec un nouveau mot de passe, qu’est-il arrivé à l’ancien ? Pourquoi a-t-il cessé de fonctionner en pleine procédure d’inscription ?
Un coup de l’inconscient collectif, peut-être ?
Mais, finalement, si on se passe du serveur LDAP centralisé, faire tourner eCandidat sur un gros serveur loué temporairement pour l’occasion, c’est peut-être pas une si mauvaise idée…

02h10
J’ai un mail de confirmation que mon dossier a bien été soumis. Attention, surveiller vos messages et vos spams, on aura peut-être des questions. Et il faudra répondre vite sous peine de perdre l’inscription.
Je n’aurai certainement pas été le plus rapide, mais il semble que la foule soit partie progressivement après minuit. On verra si j’ai gagné ma place dans cette course à l’échalote.
Et voilà, maintenant, c’est fait, on croise les doigts et puis voilà.
Les lacanneries, c’est fini pour ce soir.

Le jour d’après
Je découvre dans mon « espace eCandidat » que le statut de ma candidature est déjà en « liste complémentaire », alors que la décision est toujours « en attente ».
Le système m’annonce une « date utile » : « Date limite de retour 09/07/2021 ». C’est la date limite pour déposer son dossier complet. Sachant que le premier jour, c’était totalement saturé, donc.

Tiens, le système gère les majuscules accentuées, ce n’est certainement pas une appli de presta !

Bon, pour finir en beauté, et pour déjargonner un peu, voici quelques traductions tirées du livre (cliquez sur l’image pour mieux lire) :

Lexique de psychanalyse

Édition, petit supplément
Françoise Dolto, à propos de Lacan :
« Je lui disais : « tu sais, je ne comprends rien à ce que tu dis » et il me répondait « ça ne m’étonne pas et ça n’a aucune importance, puisque toi, tu fais ce que j’essaie de dire. Tu le fais, et tu n’as pas besoin d’en avoir la théorie. » En tout cas, j’avais sa confiance, car il m’envoyait des gens très difficiles avec lesquels il n’arrivait à rien. Et combien d’enfants m’a-t-il envoyés ! »
Citée dans l’émission Avoir raison avec… Françoise Dolto, épisode 3 « Un chemin en psychanalyse » du 07/07/2021, à 20 minutes et 20 secondes.
https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec/avoir-raison-avec-francoise-dolto
À la suite de quoi, le psychanalyste Jean-Pierre Winter témoigne : « En fait, c’est le cas de la plupart des psychanalystes qui ont suivi Lacan. C’était mon cas. On ne comprenait rien, et pourtant, il se passait quelque chose qui avait un effet de résonance dans l’inconscient qui nous permettait de trouver une voie vers notre inconscient. Puis après, on travaillait en groupe pour essayer de déchiffrer du sens de ce qu’il avait dit. Mais, il avait de telles longueurs d’avance qu’il fallait qu’on travaille comme des ânes, qu’on était, pour arriver, quelques fois, à dégager un peu la substantifique moelle de son travail. »
Et puis « […] d’ailleurs elle le dit : « de toute façon, même avec une théorie bancale, le seul fait d’être à l’écoute de quelqu’un, de lui offrir notre écoute, a déjà des effets de réinterprétation et c’est ce qui va permettre à l’enfant, d’ailleurs comme à l’adulte qu’on a sur le divan, c’est ce qui va lui permettre de se réapproprier son propre discours et de devenir lui-même l’auteur des significations qu’il produit, même s’il n’a jamais lu ni Freud, ni Dolto, ni Lacan. » »

Il faut lire encore la déplorable réponse de Freud à Einstein en 1932 à la question « Pourquoi la guerre ? », que je résume ainsi : « Je ne comprends pas vraiment la violence et la guerre, je dois postuler une pulsion de mort. »
https://fr.unesco.org/courier/marzo-1993/pourquoi-guerre-sigmund-freud-ecrit-albert-einstein
Morceaux choisis :
« Nous admet­tons que les instincts de l’homme se ramènent exclusivement à deux catégories : d’une part, ceux qui veulent conserver et unir ; […] d’autre part, ceux qui veulent détruire et tuer ; nous les englobons sous les termes de pulsion agressive ou pulsion destructrice. »
« Voilà qui nous permet de conclure, pour revenir à notre sujet, que l’on ferait œuvre inutile à prétendre supprimer les penchants destructeurs des hommes. »
« […] l’inégalité humaine, inégalité native et que l’on ne saurait combattre, qui veut cette répartition en chefs et en sujets. »

Dans les Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort de 1915, on trouvait déjà ceci :
« […] on osait espérer que les grandes nations dominatrices de race blanche, auxquelles est échue la mission de guider le genre humain […] »
« Comment se représente-t-on généralement le processus à la faveur duquel un individu atteint un degré de moralité supérieur ? La première réponse sera celle-ci : l’homme naît noble et bon. Mais c’est une réponse sans valeur, dont nous n’avons pas à nous occuper ici. »
« Pourquoi les individus ethniques se méprisent-ils en général les uns les autres, se haïssent-ils, s’exècrent-ils ? C’est là un mystère dont le sens m’échappe. »

Nouvelle édition
Je le sentais venir, vu que certains avaient pu s’inscrire dès le matin du 5 juillet. Le 15 juillet, peu après minuit, le couperet est tombé. Mme Morgiane Bridou, Directrice de l’IED, via une de ses adresses no-reply, m’annonce son refus de ma demande d’amission pour cause de « Capacité d’accueil atteinte ». Diplomatie moderne. Fin de la partie pour moi. La grande loterie d’Internet n’a vraiment pas tiré mon numéro.

 

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Lettre ouverte à Philosophie Magazine sur la théorie du complot

Cher Philosophie Magazine,

Gandhi sur un billet de banque

À qui va l'argent ?

Dans votre numéro 96 de février 2016, vous publiez une « enquête » concernant « la théorie du complot », avec pour article principal un texte de Philippe Huneman, Philosophe, Directeur de recherche au CNRS, qui avait déjà signé deux textes sur cette thématique en 2013, pour Slate et Mediapart.

J’ai lu avec intérêt son analyse du phénomène conspirationniste. Mais j’avoue ma sensation d’avoir été abandonné au milieu du gué. Fallait-il donner tant de place à une énormité comme les illuminati sans parler des complots réels et de leur élucidation ?

J’espère que, tout comme moi, une majorité des lecteurs de votre revue n’est pas prête à croire qu’une secte séculaire raciste et sataniste dispose d’un contrôle total des destinées humaines et en particulier de tout ce qui peut nous paraître étrange ou détestable. Aussi, après avoir aisément dégonflé cette baudruche, on pouvait espérer que l’auteur, philosophe de la connaissance, nous aide davantage à démêler le vrai du faux car, comme il le dit lui-même dans l’article, « abondent là-bas [aux États-Unis] de vraies conspirations ». Et bien entendu, ce sont celles-ci qui nous intéressent, ici comme là-bas, d’ailleurs. Or, s’il n’est pas sans intérêt de savoir, comme il nous le propose en conclusion, « que répondre à un conspirationniste », il serait certainement aussi très intéressant, par exemple pour tous les enseignants qui vous lisent et qui se préparent à former les jeunes générations sur ces questions, de savoir « discerner un complot vraisemblable » autrement qu’en s’en remettant à la version publiée sur un site gouvernemental.

Car en effet, dans le monde où il nous est donné de vivre, les complots ne manquent pas et l’on a souvent du mal à s’y retrouver. Je vous propose donc un petite tentative dans ce sens, en nous appuyant sur la méthode ébauchée par M. Huneman, le coût de la vraisemblance (épistémique). Prenons quelques thèmes qui pourraient parler à vos lecteurs, voire tout citoyen :

  • toute problématique politique aujourd’hui n’est-elle pas soumise à la question économico-financière « d’où viendra l’argent » ?
  • Toute entreprise économique n’est-elle pas contrainte, pour perdurer, à maintenir son seuil de rentabilité au-dessus de zéro, c’est-à-dire à maintenir ses revenus au-dessus de ses dépenses ?
  • Lorsque les acheteurs sont peu nombreux, toute entreprise économique n’est-elle pas d’autant plus poussée à chercher à gagner des parts de marché contre ses concurrentes, notamment dans les secteurs technologiques où les avancées sont vites dépassées ?
  • Lorsque l’on constate que l’organisation internationale des échanges commerciaux offre par exemple la possibilité à n’importe quelle grosse fortune de spéculer sur les denrées alimentaires fondamentales en toute légalité, n’est-on pas en droit de se demander si la déréglementation universelle est vraiment la meilleure manière de faire avancer l’humanité ?
  • Si « le monde des affaires » est susceptible de manquer à ce point d’humanité et de bon sens sans que cela provoque un sursaut dans les classes dirigeantes, de qui peut-on attendre, dans le cadre d’un doute épistémique raisonnable, une référence pratique de probité et d’éthique ?
  • Aussi, s’il existe des entreprises privées qui font commerce des armes, ne sont-elles pas soumises aux mêmes contraintes économiques que les autres ?
  • De telles entreprises peuvent-elles (raisonnablement) être considérées comme altruistes ou philanthropiques ?
  • Et quels peuvent être les moyens, pour une entreprise de l’armement d’augmenter ses ventes, si elle se refuse par exemple à convaincre les États de s’armer toujours plus « juste au cas où », ou d’envenimer certaines relations internationales ?
  • Et dans ce contexte, que peut-on penser d’une ONU dont l’objectif premier est la paix mondiale mais qui se félicite de faire un nouveau projet sur 15 ans dans lequel pas un mot n’est prononcé en faveur du désarmement (même progressif) ou contre la militarisation croissante et accélérée du monde ?
  • Et alors, que penser du travail d’un universitaire qui assassine les badernes qu’il a lui-même gonflées, mais qui, après plusieurs années de contact avec le milieu conspirationniste se permet encore d’affirmer que le groupe Bilderberg est « un club d’entrepreneurs qui se réunit chaque année et publie un rapport technique et ennuyeux », alors que le même groupe indique clairement sur son site officiel qu’il s’agit de réunions desquelles rien ne filtre, pas un rapport, pas un engagement, pas une déclaration de principe, une opacité totale et qu’un tiers des participants sont issus du monde politique tandis que le reste vient de la finance, du commerce, etc., des USA et d’Europe, alors que c’est bien cette opacité qui leur est systématiquement reprochée dans le milieu étudié, celui des gens qui croient bêtement aux conspirations ?
  • Après tout, dans un monde où la création de la monnaie est passée dans les mains des banques privées et s’éloigne toujours plus des « pouvoirs démocratiques », où les mass media sont rachetés par les magnas de la guerre, où l’on fait des guerres « préventives » ou « humanitaires », où les armes de destruction massive ne sont pas où « l’on croyait », où les institutions de l’Union européenne souffrent d’un malheureux « déficit démocratique », où les « pays développés » entrent les uns après les autres en « guerre perpétuelle contre le terrorisme », où les dépenses mondiales annuelles de « la Défense » dépassent les 1500 milliards d’euros, dont la moitié environ par les USA et l’Europe, où les « terroristes » ne visent plus les puissants mais leurs peuples déjà dépossédés de tout pouvoir d’infléchir les « politiques nationales », où « le choc des civilisations » arrive à point nommé pour rafraîchir les élans patriotiques faiblissants de la jeunesse (déjà trop) mondialisée, franchement qui, n’étant pas atteint de doute hyperbolique mal placé, peut encore s’inquiéter que se rencontrent dans le plus grand secret les décideurs euro-américains des plus grandes fortunes mondiales de l’assurance, de la guerre, des médias et de la politique confondus ?

Apparemment, pas un philosophe de la Sorbonne, n’en déplaise à Kant et à la perspective d’une paix perpétuelle.

Cher Philosophie Magazine, 

Dans votre numéro 96 de février 2016, vous publiez une « enquête » concernant « la théorie du complot », avec pour article principal un texte de Philippe Huneman, Philosophe, Directeur de recherche au CNRS, qui avait déjà signé deux textes sur cette thématique en 2013, pour Slate et Mediapart.

http://www.philomag.com/les-idees/dossiers/illuminati-un-complot-mondial-a-letat-pur-13798

J’ai lu avec intérêt son analyse du phénomène conspirationniste. Mais j’avoue ma sensation d’avoir été abandonné au milieu du gué. Fallait-il donner tant de place à une énormité comme les illuminati sans parler des complots réels et de leur élucidation ?

J’espère que, tout comme moi, une majorité des lecteurs de votre revue n’est pas prête à croire qu’une secte séculaire raciste et sataniste dispose d’un contrôle total des destinées humaines et en particulier de tout ce qui peut nous paraître étrange ou détestable.
Aussi, après avoir aisément dégonflé cette baudruche, on pouvait espérer que l’auteur, philosophe de la connaissance, nous aide davantage à démêler le vrai du faux car, comme il le dit lui-même dans l’article, « abondent là-bas [aux États-Unis] de vraies conspirations ». Et bien entendu, ce sont celles-ci qui nous intéressent, ici comme là-bas, d’ailleurs. Or, s’il n’est pas sans intérêt de savoir, comme il nous le propose en conclusion, « que répondre à un conspirationniste », il serait certainement aussi très intéressant, par exemple pour tous les enseignants qui vous lisent et qui se préparent à former les jeunes générations sur ces questions, de savoir « discerner un complot vraisemblable » autrement qu’en s’en remettant à la version publiée sur un site gouvernemental.

Car en effet, dans le monde où il nous est donné de vivre, les complots ne manquent pas et l’on a souvent du mal à s’y retrouver. Je vous propose donc un petite tentative dans ce sens, en nous appuyant sur la méthode ébauchée par M. Huneman, le coût de la vraisemblance (épistémique).
Prenons quelques thèmes qui pourraient parler à vos lecteurs, voire tout citoyen :

toute problématique politique aujourd’hui n’est-elle pas soumise à la question économico-financière « d’où viendra l’argent » ?
Toute entreprise économique n’est-elle pas contrainte, pour perdurer, à maintenir son seuil de rentabilité au-dessus de zéro, c’est-à-dire à maintenir ses revenus au-dessus de ses dépenses ?
Lorsque les acheteurs sont peu nombreux, toute entreprise économique n’est-elle pas d’autant plus poussée à chercher à gagner des parts de marché contre ses concurrentes, notamment dans les secteurs technologiques où les avancées sont vites dépassées ?
Lorsque l’on constate que l’organisation internationale des échanges commerciaux offre par exemple la possibilité à n’importe quelle grosse fortune de spéculer sur les denrées alimentaires fondamentales en toute légalité, n’est-on pas en droit de se demander si la déréglementation universelle est vraiment la meilleure manière de faire avancer l’humanité ?
Si « le monde des affaires » est susceptible de manquer à ce point d’humanité et de bon sens sans que cela provoque un sursaut dans les classes dirigeantes, de qui peut-on attendre, dans le cadre d’un doute épistémique raisonnable, une référence pratique de probité et d’éthique ?
Aussi, s’il existe des entreprises privées qui font commerce des armes, ne sont-elles pas soumises aux mêmes contraintes économiques que les autres ?
De telles entreprises peuvent-elles (raisonnablement) être considérées comme altruistes ou philanthropiques ?
Et quels peuvent être les moyens, pour une entreprise de l’armement d’augmenter ses ventes, si elle se refuse par exemple à convaincre les États de s’armer toujours plus « juste au cas où », ou d’envenimer certaines relations internationales ?
Et dans ce contexte, que peut-on penser d’une ONU dont l’objectif premier est la paix mondiale mais qui se félicite de faire un nouveau projet sur 15 ans dans lequel pas un mot n’est prononcé en faveur du désarmement (même progressif) ou contre la militarisation croissante et accélérée du monde ?
Et alors, que penser du travail d’un universitaire qui assassine les badernes qu’il a lui-même gonflées, mais qui, après plusieurs années de contact avec le milieu conspirationniste se permet encore d’affirmer que le groupe Bilderberg est « un club d’entrepreneurs qui se réunit chaque année et publie un rapport technique et ennuyeux », alors que le même groupe indique clairement sur son site officiel www.bilderbergmeetings.org qu’il s’agit de réunions desquelles rien ne filtre, pas un rapport, pas un engagement, pas une déclaration de principe, une opacité totale et qu’un tiers des participants sont issus du monde politique tandis que le reste vient de la finance, du commerce, etc., des USA et d’Europe, et que c’est bien cette opacité qui leur est systématiquement reprochée dans le milieu étudié, celui des gens qui croient bêtement aux conspirations ?
Après tout, dans un monde où la création de la monnaie est passée dans les mains des banques privées et s’éloigne toujours plus des « pouvoirs démocratiques », où les mass media sont rachetés par les magnas de la guerre, où l’on fait des guerres « préventives » ou « humanitaires », où les armes de destruction massive ne sont pas où « l’on croyait », où les institutions de l’Union européenne souffrent d’un malheureux « déficit démocratique », où les « pays développés » entrent les uns après les autres en « guerre perpétuelle contre le terrorisme », où les dépenses mondiales annuelles de « la Défense » dépassent les 1500 milliards d’euros, dont la moitié environ par les USA et l’Europe, où les « terroristes » ne visent plus les puissants mais leurs peuples déjà dépossédés de tout pouvoir d’infléchir les « politiques nationales », où « le choc des civilisations » arrive à point nommé pour rafraîchir les élans patriotiques faiblissants de la jeunesse (déjà trop) mondialisée, franchement qui, n’étant pas atteint de doute hyperbolique mal placé, peut encore s’inquiéter que se rencontrent dans le plus grand secret les décideurs euro-américains des plus grandes fortunes mondiales, de l’assurance, de la guerre, des médias et de la politique confondus ?
Apparemment, pas un philosophe de la Sorbonne, n’en déplaise à Kant et à la perspective d’une paix perpétuelle.Cher Philosophie Magazine, Dans votre numéro 96 de février 2016, vous publiez une « enquête » concernant « la théorie du complot », avec pour article principal un texte de Philippe Huneman, Philosophe, Directeur de recherche au CNRS, qui avait déjà signé deux textes sur cette thématique en 2013, pour Slate et Mediapart. http://www.philomag.com/les-idees/dossiers/illuminati-un-complot-mondial-a-letat-pur-13798 J’ai lu avec intérêt son analyse du phénomène conspirationniste. Mais j’avoue ma sensation d’avoir été abandonné au milieu du gué. Fallait-il donner tant de place à une énormité comme les illuminati sans parler des complots réels et de leur élucidation ? J’espère que, tout comme moi, une majorité des lecteurs de votre revue n’est pas prête à croire qu’une secte séculaire raciste et sataniste dispose d’un contrôle total des destinées humaines et en particulier de tout ce qui peut nous paraître étrange ou détestable. Aussi, après avoir aisément dégonflé cette baudruche, on pouvait espérer que l’auteur, philosophe de la connaissance, nous aide davantage à démêler le vrai du faux car, comme il le dit lui-même dans l’article, « abondent là-bas [aux États-Unis] de vraies conspirations ». Et bien entendu, ce sont celles-ci qui nous intéressent, ici comme là-bas, d’ailleurs. Or, s’il n’est pas sans intérêt de savoir, comme il nous le propose en conclusion, « que répondre à un conspirationniste », il serait certainement aussi très intéressant, par exemple pour tous les enseignants qui vous lisent et qui se préparent à former les jeunes générations sur ces questions, de savoir « discerner un complot vraisemblable » autrement qu’en s’en remettant à la version publiée sur un site gouvernemental. Car en effet, dans le monde où il nous est donné de vivre, les complots ne manquent pas et l’on a souvent du mal à s’y retrouver. Je vous propose donc un petite tentative dans ce sens, en nous appuyant sur la méthode ébauchée par M. Huneman, le coût de la vraisemblance (épistémique). Prenons quelques thèmes qui pourraient parler à vos lecteurs, voire tout citoyen : toute problématique politique aujourd’hui n’est-elle pas soumise à la question économico-financière « d’où viendra l’argent » ? Toute entreprise économique n’est-elle pas contrainte, pour perdurer, à maintenir son seuil de rentabilité au-dessus de zéro, c’est-à-dire à maintenir ses revenus au-dessus de ses dépenses ? Lorsque les acheteurs sont peu nombreux, toute entreprise économique n’est-elle pas d’autant plus poussée à chercher à gagner des parts de marché contre ses concurrentes, notamment dans les secteurs technologiques où les avancées sont vites dépassées ? Lorsque l’on constate que l’organisation internationale des échanges commerciaux offre par exemple la possibilité à n’importe quelle grosse fortune de spéculer sur les denrées alimentaires fondamentales en toute légalité, n’est-on pas en droit de se demander si la déréglementation universelle est vraiment la meilleure manière de faire avancer l’humanité ? Si « le monde des affaires » est susceptible de manquer à ce point d’humanité et de bon sens sans que cela provoque un sursaut dans les classes dirigeantes, de qui peut-on attendre, dans le cadre d’un doute épistémique raisonnable, une référence pratique de probité et d’éthique ? Aussi, s’il existe des entreprises privées qui font commerce des armes, ne sont-elles pas soumises aux mêmes contraintes économiques que les autres ? De telles entreprises peuvent-elles (raisonnablement) être considérées comme altruistes ou philanthropiques ? Et quels peuvent être les moyens, pour une entreprise de l’armement d’augmenter ses ventes, si elle se refuse par exemple à convaincre les États de s’armer toujours plus « juste au cas où », ou d’envenimer certaines relations internationales ? Et dans ce contexte, que peut-on penser d’une ONU dont l’objectif premier est la paix mondiale mais qui se félicite de faire un nouveau projet sur 15 ans dans lequel pas un mot n’est prononcé en faveur du désarmement (même progressif) ou contre la militarisation croissante et accélérée du monde ? Et alors, que penser du travail d’un universitaire qui assassine les badernes qu’il a lui-même gonflées, mais qui, après plusieurs années de contact avec le milieu conspirationniste se permet encore d’affirmer que le groupe Bilderberg est « un club d’entrepreneurs qui se réunit chaque année et publie un rapport technique et ennuyeux », alors que le même groupe indique clairement sur son site officiel www.bilderbergmeetings.org qu’il s’agit de réunions desquelles rien ne filtre, pas un rapport, pas un engagement, pas une déclaration de principe, une opacité totale et qu’un tiers des participants sont issus du monde politique tandis que le reste vient de la finance, du commerce, etc., des USA et d’Europe, et que c’est bien cette opacité qui leur est systématiquement reprochée dans le milieu étudié, celui des gens qui croient bêtement aux conspirations ? Après tout, dans un monde où la création de la monnaie est passée dans les mains des banques privées et s’éloigne toujours plus des « pouvoirs démocratiques », où les mass media sont rachetés par les magnas de la guerre, où l’on fait des guerres « préventives » ou « humanitaires », où les armes de destruction massive ne sont pas où « l’on croyait », où les institutions de l’Union européenne souffrent d’un malheureux « déficit démocratique », où les « pays développés » entrent les uns après les autres en « guerre perpétuelle contre le terrorisme », où les dépenses mondiales annuelles de « la Défense » dépassent les 1500 milliards d’euros, dont la moitié environ par les USA et l’Europe, où les « terroristes » ne visent plus les puissants mais leurs peuples déjà dépossédés de tout pouvoir d’infléchir les « politiques nationales », où « le choc des civilisations » arrive à point nommé pour rafraîchir les élans patriotiques faiblissants de la jeunesse (déjà trop) mondialisée, franchement qui, n’étant pas atteint de doute hyperbolique mal placé, peut encore s’inquiéter que se rencontrent dans le plus grand secret les décideurs euro-américains des plus grandes fortunes mondiales, de l’assurance, de la guerre, des médias et de la politique confondus ? Apparemment, pas un philosophe de la Sorbonne, n’en déplaise à Kant et à la perspective d’une paix perpétuelle.

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